La fusion contrôlée est-elle la clé du futur de l'Humanité ?

La fusion contrôlée est-elle la clé du futur de l'Humanité ?

COMMENT LES DIFFÉRENCIER ? Chaque vendredi, GEO se penche sur les différences qui opposent des espèces animales, phénomènes climatiques ou sites patrimoniaux souvent similaires dans notre imaginaire. Place cette semaine à l'écosystème et à la biodiversité..

Le Soleil fascine l'Homme depuis la plus haute Antiquité. On le sait, bien sûr, avec l'Égypte ancienne mais il n'est pas anodin de se rappeler que c'est l'image du Soleil que Platon utilise dans sa célèbre allégorie de la caverne qu'il expose dans le livre VII de La République. En suivant la trajectoire qu'il a tracée pour nous il y a plus de 2.000 ans, et que nous sommes encore loin d'avoir vraiment pu concrétiser en ce qui concerne certains de ses aspects, nous avons tout de même porté notre compréhension de la Phusis au point où nous avons percé les arcanes des mécanismes fondamentaux qui font briller non seulement le Soleil mais aussi les autres étoiles.

Nous voulons aller beaucoup plus loin. L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) est la principale instance intergouvernementale au monde pour la coopération scientifique et technique dans le domaine nucléaire. En 2020, elle a organisé une nouvelle Conférence sur l’énergie de fusion (FEC 2020) Rappelons que le but premier de la fusion contrôlée consiste à maîtriser des réactions thermonucléaires similaires (mais pas identiques notamment parce que des forces différentes peuvent intervenir comme la force nucléaire faible capable de convertir un proton en neutron) à celles qui font briller le Soleil pour en faire une source d'énergie très abondante et aussi propre que possible. Sur le site français de la FEC, on pouvait voir une présentation rapide de la nature et des enjeux de cette conférence avec un texte du Français Bernard Bigot, directeur général de l'organisation Iter expliquant que : « La population mondiale devant atteindre 9 milliards d'habitants d'ici 2040, la demande mondiale d'électricité augmentera de 45 %. Comment répondre à cette demande, sans contribuer à la crise climatique, est une question cruciale. Des milliers d'entre nous travaillent dans le monde entier pour faire de la fusion une réalité. »

Si tout va bien, la fusion nous aidera après 2050 à répondre à cette question et elle sera peut-être la clé indispensable pour rendre efficace rapidement des stratégies de capture massive du gaz carbonique pour retourner au moins aux taux de la fin du XXe siècle et inverser le réchauffement climatique. Mais en attendant, il nous faut déjà agir contre le réchauffement climatique et les énergies renouvelables seules ne nous sauveront pas non plus. Elles sont bien trop coûteuses pour cela contrairement à ce qui est souvent dit dans les médias.

L'AIEA est une organisation internationale sous l'égide de l'ONU, comme le Giec, ce qui est un gage d'indépendance et on peut donc penser que l'on peut se fier assez largement à ses déclarations. Elle avait rappelé en 2019 que la Chine est en train de développer la production d'énergie nucléaire à un rythme record malgré ses efforts eux aussi considérables pour développer l'énergie solaire. Cela ne surprendra pas ceux qui savent, comme l'a expliqué notamment le regretté physicien et mathématicien David Mackay sur TEDx et dans un livre grand public en accès libre (L’énergie durable — Pas que du vent !), que l'humanité ne pourra pas relever les défis du XXIe siècle sans une combinaison des énergies renouvelables et nucléaires.

La vérité, comme l'expliquent par exemple depuis des années Jean-Marc Jancovici, les membres de Sauvons le climat (SLC) ou encore le climatologue James Hansen et Michael Shellenberger aux États-Unisc'est que nous ne pourrons en effet pas nous passer de l'énergie nucléaire basée sur la fission dans un futur immédiat. La Chine, qui ne peut pas se permettre le luxe de se laisser aveugler par de l'idéologie, le sait très bien. Elle en fournit la preuve, car, tout en développant massivement le solaire et l'éolien, elle a entrepris de développer tout aussi rigoureusement son parc nucléaire. Onze réacteurs étaient en construction en 2018 pour atteindre son but d'avoir 10 % de son électricité d'origine nucléaire en 2030. Récemment, elle a fait savoir qu'elle voulait six à huit réacteurs nucléaires par an entre 2020 et 2025 et qu'elle projetait de porter sa capacité totale à 70 gigawatts (GW), une hausse de 43,5 %.

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